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US-Africa Leaders Summit, quels enjeux pour l’identité africaine?

By Driss Senda
By Driss Senda

Près de 50 dirigeants africains dont  les présidents Denis Sassou N’Guesso du Congo Brazzaville et Macky Sall du Sénégal se sont retrouvés pendant 3 jours à Washington, autour du président des ÉtatsUnis, M. Jo Biden, afin de réfléchir sur l’avenir des relations de coopération entre les Etats-Unis d’Amérique et les pays d’Afrique représentés par leurs hauts dirigeants.

Apprécier ensemble les enjeux économiques,  politiques et sociaux du monde a été la toile de fond de cette rencontre historique entre les États-Unis et les pays d’Afrique. La redynamisation de cette coopération ouvre de nouvelles perspectives avec à la clé, « des investissements à long terme et qui seront bénéfiques à tous et créeront de nouveaux emplois autant aux États-Unis qu’en Afrique », à précisé Joe Biden.

Cet élan de solidarité internationale qui s’apparente à un renouveau au plan du multilatéralisme vient confirmer la volonté des uns et des autres à aller vers un dialogue entre nations. La paix pour la survie de l’humanité exige le dialogue permanent entre les nations.  Certes, de nombreuses divergences demeurent perceptibles entre les nations depuis le déclenchement en 2019 de la pandémie à Covid-19, la crise économique à l’échelle mondiale, la guerre de l’Ukraine, le dérèglement climatique ( 4% de pollution de l’Afrique contre 96% des pays du Nord), la montée du terrorisme ou l’aggravation de la pauvreté. Mais la raison a pris le dessus. Tous les sujets programmés ont été traités et trouvé un écho favorable. Notamment la démocratie et les droits humains, l’impact de la Covid 19 et les futures pandémies, la santé régionale et mondiale pour promouvoir la sécurité alimentaire et accroître les liens avec la diaspora.

Les États-Unis ont donc placé la barre  très haut en vue d’aller vers une « reconfiguration des relations entre les deux continents pour être capable de relever certains défis très chers aux populations », annonçait déjà  Mme Molly, Secrétaire d’Etat adjointe au bureau des Affaires Africaines, du département d’État des États-Unis, avant d’ajouter que « nous sommes une puissance mondiale et nous pouvons  développer un bon partenariat avec l’Afrique, nous avons des voix fortes pour défendre certains des thèmes que nous traitons à ce sommet. Nous souhaitons donc nous assurer que nous nous alignons sur la vision des africains pour leur avenir et celui de  leur continent ».

Aux yeux des Américains(USA) et des Africains, les questions de la gouvernance mondiale, la sécurité, la démocratie et le rôle de la jeunesse et de la société civile constituent des défis immenses dont les solutions bonnes éviteraient pour le cas de l’Afrique, des soubresauts socio-politiques, voir économiques qui déstabilisent la plupart des États africains.

Pour montrer la bonne volonté de l’administration américaine, Joe Biden, président des USA estime « qu’il est plus que temps que l’Afrique ait un siège permanent à la table des organisations et bien d’autres initiatives internationales » et en plus de sa représentation au G20. Une vision partagée par  M. Jude de Vermont, directeur exécutif des Affaires Africaines du Conseil de sécurité de la Maison-Blanche. « Nous avons besoin davantage de voisins africains dans les conversations internationales à propos de l’économie mondiale, la démocratie et la gouvernance, le changement climatique, la santé, la sécurité », a-t-il ajouté.

Un Sommet hautement stratégique pour les États-Unis et l’Afrique

Revoir sa fiche sur la politique américaine de l’Afrique a été l’objectif majeur de cette rencontre de haut niveau qui a vu se déplacer les icônes de la politique africaine dont les voix portent au-delà des frontières du continent africain. Macky Sall du Sénégal, Denis Sassou N’Guesso du Congo, Allassan Ouattara de la Côte d’Ivoire et autres étaient présents à cette grand’messe de politique internationale aux enjeux de repositionnement sur l’échiquier mondial. Les États-Unis ne cachent d’ailleurs pas leur ambition de mieux se rapprocher de l’Afrique alors que la Chine et la Russie y cultivent une influence grandissante. Si pour appâter les dirigeants africains, Joe Biden soutient leur revendication de disposer d’un siège permanent au conseil de sécurité de l’ONU, ceux-ci ne sont pas dupes et préfèrent désormais donner autrement la voix d’un continent africain longtemps laissé-pour-compte.  Les récents votes sur les sanctions de l’Union européenne et des USA contre la Russie ont prouvé qu’une nouvelle page de l’histoire s’écrit au sein du Système des relations internationales, avec des pays africains déterminés à assumer seuls leur destin face l’évolution des affaires du monde. En excluant certains pays comme le Mali ou le Burkina Faso de l’accord commercial avec les États-Unis, l’on peut craindre que la réussite de ce sommet soit biaisée et que  Washington puisse avoir plus de chance à convaincre les États africains dans leur ensemble, à adhérer à cette perspective de reconfiguration des relations entre les deux continents dont l’histoire garde encore des stigmates très visibles pour être capables de relever ensemble certains défis planétaires. Une Traite négrière avait été menée XIXe siècle au moyen d’échanges entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques, pour assurer la distribution d’esclaves noirs aux colonies du Nouveau Monde, pour approvisionner l’Europe en produits de ces colonies.

Le Poids non négligeable de l’Afrique dans les affaires du monde

Acteur géopolitique et géostratégique majeur actuellement, l’Afrique qui hier, ne pesait que 1% des exportations américaines, fait réfléchir désormais l’administration Biden qui veut tisser de nouveaux partenariats à l’extérieur. Le choix de l’Afrique s’explique entre autres par le fait que ce continent possède des  économies à la croissance la plus rapide au monde. 

Avec environ 30 millions de km2, 1,4 milliard d’habitants, d’importantes réserves hydriques, 60% des terres arables non exploitées du monde, 40% des réserves d’or, 85 à 95%  des réserves de métaux du groupe du chrome et du  platine, 85% des réserves de phosphates, plus de 50%  des réserves de cobalt, un tiers des réserves de bauxite, 12% des réserves pétrolières et une nouvelle vocation gazière de classe mondiale, le continent africain dispose de nombreux atouts. Et les États-Unis en sont conscients.

Selon Joe Biden, « travailler avec les gouvernements africains, la société civile, les communautés de la diaspora aux États-Unis et renforcer les capacités du secteur privé est d’un intérêt particulier » qui aidera « à façonner notre passé, façonne notre présent, et façonnera notre avenir », a aussi rappelé Anthony Blinken, Secretaire d’Etat Americain.

Si déjà en 2019, le gouvernement américain a aidé à la signature de plus de 800 accords de commerce et d’investissement bilatéraux avec 45 pays africains pour une valeur estimée à 50 milliards de dollars en exportation et investissement, les nombreux accords et contrats signés à l’issue du sommet États-Unis -Afrique de décembre 2022 sont d’une valeur estimée à plus de 15 milliards de dollars entre entreprises américaines et africaines dans le cadre du forum d’affaires. Ils devraient permettre à développer plusieurs secteurs des économies africaines, notamment  l’agriculture, les transports, le commerce, etc. Mais que représentent ces 15 milliards de dollars dédiés aux pays africains, comparativement aux 18 milliards d’euros que l’Union européenne débloque pour aider l’Ukraine seule à sortir de ses difficultés de guerre et pour sa reconstruction ? Aux africains de réfléchir.

Toutefois, les États-Unis devraient pouvoir compter avec leur forum African Growth and Opportunity Act ( AGOA), une loi sur la croissance et les opportunités de développement en Afrique, pour développer des partenariats mutuellement avantageux. Plus de 6000 produits africains sont concernés par la réduction des taxes à l’importation, un processus indispensable pour affiner des stratégies économiques qui garantissent des contrats à moyen et long termes, dans l’ultime but d’améliorer la qualité de la vie.

Pour le Président congolais Denis Sassou N’Guesso, le dialogue relancé au cours de ce sommet fait date dans l’histoire des relations entre les États-Unis et les pays d’Afrique dont le Congo qui sous-tend sa politique de coopération avec les États-Unis à travers un accord commerciale moulé dans la stratégie de African Growth and Opportunity Act ( AGOA). Son entretien avec Mme Linda Greenfield Thomas, ambassadrice des Etats-Unis auprès des Nations Unies, lui a permis de faire le point sur le réchauffement des relations bilatérales Congo-USA, au-delà de deux dossiers d’importance. Sur l’environnement avec le Fonds bleu et surtout sur les finances, en étendant les échanges auprès de Mme Kristalina Georgiva, Directrice Générale du Fonds monétaire international sur l’exécution de l’accord de facilité d’un crédit de 455 millions de dollars obtenu récemment par le Congo dans le cadre de la relance de son économie.

Le sommet du 13 et 15 décembre 2022 arrive huit ans après le premier organisé sous l’administration Obama et aura donc permis d’avoir de nouveaux outils qui visent à accélérer la production économique, à briser la fracture numérique, à développer des infrastructures de l’éducation et de la santé et à rendre plus compétitives les économies africaines, selon les réponses attendues par l’application des mesures contenues dans l’agenda 2063 de l’Union africaine.

Bien que réveillés tard, les États-Unis tout comme l’Europe occidentale, font face à des défis majeurs pour leur leadership mondial disputé avec la Chine, voire avec le pays du BRICS et la Russie. Désormais, ils devront composer avec la situation déjà très volatile au niveau de l’Ordre mondial où l’on recherche de nouvelles bases pour reconstituer ou rétablir les équilibres autant aux plans économique, politique que socioculturel.

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