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Professeur Dicko Amadou : ‘’La circulation des armes légères dans le Sahel et la multiplication des actes terroristes sont un véritable désastre pour les populations’’.

Ancien  ministre et membre du parlement du G5 Sahel ( Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad),  le professeur Dicko Amadou est préoccupé par le sort de nombreux déplacés internes et externes dans la zone du grand Sahel où sévit le terrorisme. Ceux qui traversent les frontières et se font tuer sans que cela n’émeut personne. Des morts inconnus? Ceux qui meurent par la peur ou  les  victimes pris en tenaille par les belligérants. Les conséquences fâcheuses de cette « calamité » lui donnent matière à réflexion sur la recherche des solutions endogènes mais se pose surtout une question lancinante: quel rôle les forces internationales , nationales et communautaires peuvent-elles jouer pour une  sortie rapide de la crise? Il s’est prêté au micro de notre rédaction.

Geoafricapress : La question de la circulation des armes légères est devenue un problème majeur pour la sécurité dans la zone du Sahel. Où se trouve donc la solution pour la paix dans ce vaste espace de 5 097 338 km2 ?

Professeur Amadou Dicko : Le G5 Sahel est un cadre de coopération dont la particularité est de lier étroitement le développement économique et la sécurité, les États membres étant persuadés de l’interdépendance des défis de la sécurité et du développement. Les pays formant ce bloc sont menacés par différentes organisations djhadistes de la région. Ce cas de figure justifie que les armes circulent au Sahel depuis les différentes rébellions observées au Liberia, en Sierra Leone, en Côte d’Ivoire et au Mali. Cela a entamé l’esprit d’unité au sein des nations et mis à mal le vivre ensemble et la cohésion sociale. En 2012, année de la seconde rébellion malienne teintée de terrorisme ainsi que du syndrome  libyen, les armes légères  ont  encore inondé  cet espace  déjà surchauffé par des attaques des organisations comme Al-Qaïda et autres. A quoi pouvait-on s’attendre si ce n’est la montée des mouvements terroristes dans le Sahel ?  Terroristes, bandits, braqueurs, voleurs et trafiquants d’armes ont fait du Sahel un marché florissant, un eldorado où  eux seuls ont eu le monopole de la raison.

Pourtant l’Afrique ne fabrique pas d’armes.  Le paradoxe c’est que les défenseurs des droits de l’homme et les bailleurs sont eux mêmes  fabricants et vendeurs de ces armes. Tout vient d’Europe où ailleurs.

On comprend aisément qu’il est difficile  de stopper les guerres et les  actes terroristes à cause des intérêts qu’ils suscitent ou justifient souterrainement. Les États-Unis, la Russie et la France forment le trio de tête des pays qui exportent le plus d’armes et l’Afrique fait partie des zones continentales où ces armes acquises à coût de milliards de dollars sont expérimentées, comme c’est le cas au Sahel.

Geoafricapress : Comment arrêter cette furie meurtrière dont les populations sahéliennes sont pourtant des victimes innocentes?

Prof Dicko A. : Le G5 Sahel est un bel exemple d’intégration et une réponse idoine à la question de sécurité dans cette sous région où l’on compte plus de 86 millions habitants répartis sur plus 5 097 338 km2. La situation est certes difficile mais l’appui  des partenaires et la mise  en place  des moyens et l’élaboration d’une stratégie commune de lutte contre ce fléau peut naturellement aider à éradiquer ce phénomène.

Cependant, le monstre ne fait que grandir et grossir  comme un feu de brousse. Si  l’on n’y prend garde, on regrettera d’avoir été passifs. Le G5 Sahel doit demeurer un espoir,  car seule la conjugaison concertée des initiatives locales peut être la solution efficiente pour une issue salutaire.

Personne ne viendra d’ailleurs nous sauver si ce n’est nous-mêmes. Ceux sur lesquels on pourrait attendre une lueur d’espoir espèrent plutôt trouver la solution contre le terrorisme pour eux-mêmes en le contenant chez nous pour qu’il ne pénètre pas leurs États. Ce terrorisme est parti de l’Est en Soviétique, puis  il a gagné l’Asie et aujourd’hui  c’est en Afrique qu’il se concentre le plus et constitue un moyen par lequel les grands de ce monde se servent pour se faire la guerre par états ou groupes interposés.

Geoafricapress : Est-ce que les politiques nationales de sécurité au sein des pays du G5 sont-elles en adéquation avec la stratégie communautaire? Cas du Mali où l’on note la présence de plusieurs forces de défense comme la force Barkhane et les casques bleus !

Prof Dicko A: Notre problème  de fond n’est pas d’avoir ou de ne pas avoir des politiques appropriées. Notre malheur c’est plutôt d’être incapables de mutualiser nos forces dans le but de mener des actions concertées ou de partager les expériences.

Notre démarche et notre raisonnement cartésien nous rapprochent  trop près des Occidentaux. Il est temps d’opérer une mue et se décoloniser pour assumer définitivement  notre destin. Car nous avons le devoir de construire des digues efficaces pour contrer la montée fulgurante de ce terrorisme dont la présence est déjà signalée en Afrique australe, en République Démocratique du Congo, avec ses conséquences fâcheuses sur la vie des pauvres citoyens. N’oublions pas que les États forts ont été bâtis par des peuples déterminés  qui ont connu les souffrances de guerres atroces, des crises sécuritaires ou des pandémies aussi graves que celle connue par le monde actuel, Covid-19.

La France des gaulois par exemple et ses deux guerres mondiales ( 14 -18 et 39-45) a failli ne plus exister n’eût été la coalition mondiale ayant donné naissance à la Société des Nations (SND) puis à l’ONU aujourd’hui.

Geoafricapress : En matière d’intégration, de sécurité, croyez -vous en l’Union africaine et que pensez-vous de l’avenir de cette institution par rapport au destin des pays africains ?

Prof Dicko A: Je m’interroge à quoi sert l’Union africaine et ses partenaires africains ? Pourquoi la France négocierait-elle des fonds pour le G5 Sahel en lieu et place de l’UA?  N’est ce pas là déjà une certaine forme d’ingérence dans nos affaires africaines, une autre preuve évidente de notre incapacité notoire à prendre nos responsabilités ici maintenant ?

Il est temps que le G5 Sahel, la CEDEAO, l’Union africaine prennent leurs responsabilités au-delà de leur engagement de contrer l’hydre terroriste. Nous gagnerons ainsi à stopper ce phénomène dans sa  migration fulgurante vers les pays voisins où l’on trouve déjà des foyers incandescents. Ce qui nous évitera une catastrophe humanitaire et économique qui mettrait tous nos voyants au rouge. Sauvons l’Afrique. C’est notre devoir à nous les intellectuels de poser les fondements d’une nouvelle Afrique débarrassée des oripeaux de terrorisme ou de la pauvreté.

Par Erna Senda

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